“L’être” ou Lettre

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La place que nous accordons à l’autre est proportionnelle à celle que nous nous accordons à nous-mêmes, à ce que nous sommes véritablement. Aussi, quoi de plus normal que de rejeter l’autre quand nous-mêmes nous nous rejetons ! De même l’espace qui existe entre moi et l’autre est égal à celui qui existe entre moi et mon être véritable. La ‘magie’ opère au temps de l’union entre ces deux éléments distincts qui ne sont en réalité que deux morceaux d’un seul et unique tout. Cette union exige de se dessaisir des illusions car ce sont elles qui nourrissent et définissent l’orientation de nos regards comme la qualité de notre vision sur nous-même et les autres.

 Les illusions sont les conséquences de conditionnements, d’apprentissages réducteurs, d’expériences refoulées, d’émotions ayant marquées et définies des schèmes de comportements stimulus-réponse. Ces schèmes sont l’héritage de nos vies animales, ce sont des outils permettant, aujourd’hui encore, la survie dans un monde de prédateurs redoutables.

Il existe une marge, une distance entre moi et ma perception du réel comme du véritable et cette marge nous tient à égale distance de la ‘réalité’ autant que de notre ‘être véritable’ ; ces derniers constituant en réalité l’issue commune, l’expérience de l’unité quand ils trouvent enfin une cohérence, lorsqu’ils fusionnent en quelques sorte par l’acceptation l’un de l’autre. Il s’agit donc de voir le monde tel qu’il est, de percevoir l’autre et soi, nos actes et leurs conséquences, comme ils sont véritablement et non au travers du filtre de nos émotions, de nos blessures, de nos conditionnements. Ces conditionnements ont permis une certaine croissance du ‘vivant’ ainsi que des expériences au vitale. Toutefois une ‘mise à jour’ est nécessaire. Tout ce que nous sommes doit se définir dans la mouvance et nos perceptions dans la relativité. Rien de ce qui est figé ne survie car les systèmes de croissance repose sur l’adaptation (une règle/une procédure/un axiome succédant incessamment à un autre).

Le seul outil de compréhension, d’éveil, pourrait être ce que l’objet extérieur (une personne, une situation…) fait vivre comme émotion en moi. Où naît cette émotion ? Quelle résonance en moi trouvent les propos d’une personne ou ses actes ? Les émotions, considérées comme un outil d’adaptation du vivant, le sont aussi pour l’adaptation de l’âme/de l’être véritable. Elles sont là pour nous révéler des schèmes de comportements (opérants ou non) que nous portons dans le système mnésique intemporel de notre être véritable et dont nous devons déceler la cause originelle, la zone de cristallisation, afin de nous libérer de comportements ou traits de caractère répétitifs dont nous ne sommes pas toujours conscients. Afin de se dévoiler dans l’être et l’action et non dans la réaction.

Que reste-il aujourd’hui qui ne puissent éveiller autant notre mémoire émotionnel et intemporelle que les expériences agréables et douloureuse, que les expériences de confrontation à l’autre, à un environnement extérieur à notre service pour nous guider à la rencontre avec nous même ?

Dans une vision globale, on peut considérer que nous sommes une particule spécifique d’énergie vitale qui possède un contenu mnésique intemporel. Ce contenu mnésique est la somme des expériences de compréhensions et d’incompréhensions. Les compréhensions fondent la clarté dans notre âme, les incompréhensions constituent son obscurité. Les compréhensions sont de nature subtile et lumineuse, les incompréhensions sont plus denses et plus sombre. 

Toute incompréhension aboutit à une compréhension et participe au processus de ‘dé-densification’ de notre être. Ce processus ne peut s’amorcer que par une ouverture de cœur sincère et profonde, par un élan de la pensée ‘consciente’ qui exprime par les mots la volonté de pouvoir se libérer enfin en acceptant de laisser vivre cette douleur/incompréhension afin qu’elle se dissipe et laisse émerger sa cause véritable ; comme un nuage sombre qui s’étale et se dissipe dans le ciel, laissant apparaitre le soleil.

Aujourd’hui nous nous nourrissons de choses insensées et encensées, tellement intriquées dans la variable linéaire du temps, que nous subissons tout ce qui nous arrive et le refoulons profondément car ces émotions qui naissent en nous sont douloureuses et présagent de si grandes vérités que nous préférons les subir et se vivre comme victime de la vie, du temps qui passe, des autres. Or, ce que nous sommes véritablement, notre être véritable incarné, est fait pour vivre dans une dynamique intemporelle où les événements surgissent, nous habitent et nous traversent afin de se heurter à nos obscurités ; afin aussi et surtout de les faire émerger à notre conscience pour les porter à la lumière et les sublimer. En libérant ce champ dense et obscur, notre vibration s’étend, notre résonance est plus grande et nous rend plus réceptifs aux stimuli quotidiens qui nous amènent vers le chemin de l’éveil qui n’est qu’une meilleure compréhension et acceptation de soi. Afin aussi d’être au présent infini et que nos actions reposent sur une cohérence absolue avec le réel non plus réinventé mais perçu dans toute son objectivité relative.

Le compromis avec son être véritable ne peut plus être chez celui ou celle qui veut s’étendre dans sa résonance de la façon la plus paroxystique qu’il soit. En effet, la scission fondamentale, qui réside dans l’acceptation de l’existence d’un conscient et d’un inconscient ou conscient véritable, n’est rien d’autre qu’un compromis entre moi et cet autre moi qui sait mais me dérange, entre moi et les illusions auxquelles je m’attache pour garder mes repères mon cadre sécurisant mes fondements et ne pas sombrer dans les méandres imposés au vivant par la dominance du ‘vivant’ en l’homme.

Ainsi le premier pas est la prise de conscience et l’acceptation profonde de cette peur et de cette insécurité qui nous est insufflée au premier souffle de notre vie et qui est largement entretenue et alimentée par nos expériences non comprises, mais aussi par les gouvernances actuelles. Tant que nous pensons hors de soi, l’aliénation demeure et notre capacité à s’éveiller, à se libérer c’est-à-dire à se comprendre, se restreint toujours d’avantage. Cessons les compromis avec nous-mêmes, les faux-semblants avec l’autre et laissons vivre pleinement en nous les émotions qui y naissent pour que les soleils qu’elles nous proposent de découvrir se multiplient et nous rendent toujours plus lumineux.

Une considération essentielle résidera dans la manière de se vivre aux yeux des autres donc avant tout à ses propres yeux. Dans la manière aussi de concevoir les illusions qui ne sont jamais ce que l’on croit, qui ne résident jamais là où on les a situées, les illusions ancrées les plus en profondeur sont les plus redoutables et invisibles car elles conditionnent le système même de perception et de pensée. Trop d’ingérences existent à présent et, pour tout être souhaitant se départir et se libérer, il faudra accepter de comprendre, de se comprendre et de s’accepter, de trouver ainsi une autonomie absolue dans sa capacité à être et agir pour sa propre réalisation toujours en adéquation avec la réalisation de l’autre, avec la réalisation du système global contenu et contenant.

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